Logo Interact!on
Archive
Medias sociaux

L’une de mes qualités est de ne pas (toujours) être trop borné. Dernier exemple en date: aux débuts du métier de community manager, j’ai été l’un de ceux qui se battaient pour que la fonction soit internalisée à tout prix. L’expérience aidant, chez l’annonceur, en startup ou en agence, je me rends compte que cette position mérite d’être nuancée.

Je pense toujours que la gestion du community management doit venir principalement de l’interne, pour une multitude de raisons que j’ai déjà eu l’occasion de développer :

  • image de marque
  • connaissance de l’entreprise, du produit, du secteur, du client et ses motivations
  • réactivité
  • reconnaissance de la personne du community manager
  • avantage concurrentiel qu’un bon community manager peut apporter

Pourtant, il y a un élément qui me pousse maintenant à recommander une solution intermédiaire: la lassitude. Il n’est pas évident de parler quotidiennement avec des consommateurs pendant plusieurs années sur le même thème sans les lasser, et donc les perdre, et sans perdre soi-même le jus nécessaire au dynamisme de la communauté. Certes, dans l’idéal, les communautés doivent devenir relativement autonome après un certain temps, mais c’est moins simple dans la pratique.

Ce constat a fait évoluer ma vision du sujet, et je pense maintenant qu’un support externe peut être très bénéfique:

  1. Ce support externe (agence, freelance, ambassadeurs,…) doit apporter des idées fraîches au community manager (jouer un rôle de planning stratégique en quelques sortes)
  2. Le community manager doit sélectionner les idées qui lui semblent les plus pertinentes et en tirer des idées de prises de paroles
  3. Un autre support externe peut alors entrer en jeu si nécessaire pour trouver les bons mots
  4. Au final, le community manager doit avoir le dernier mot sur la validation de la prise de parole. C’est lui qui est en première ligne si celle-ci n’est pas à la hauteur

Le défaut de cette organisation peut-être le manque de réactivité, elle ne conviendra donc pas systématiquement, mais me semble être très intéressante pour apporter de la valeur dans les prises de parole de la marque sur le long terme.

Créer des liens forts entre les membres d’une communauté est extrêmement positif à long terme. Cependant, la plupart des techniques qui permettent de souder une communauté ont également comme conséquence d’éloigner les nouveaux membres qui souhaiteraient la rejoindre: créer un esprit et une culture forte, regrouper les membres contre des menaces extérieurs, faire naître des usages, mettre en avant les membres les plus anciens…

L’exemple des forums est en ce sens assez parlant: les nouveaux sont rarement accueillis à bras ouverts tant qu’ils n’ont pas fait leurs preuves. On peut le regretter, mais c’est la conséquence de la force du noyau de la communauté. Plus une communauté est forte, plus elle semble fermée vue de l’extérieur.

La façon la plus naturelle de faire face à cette problématique est de la rendre séquentielle: il paraît en effet pertinent de commencer avec une communauté ouverte, pour attirer un maximum de membres, puis de chercher à créer du lien, en prenant le risque de limiter l’acquisition de nouveaux membres, lorsque la taille critique est atteinte.

Ce n’est pourtant pas aussi simple: tout d’abord, une fois qu’une communauté a grossi, il est beaucoup plus complexe de créer des liens entre ses membres, mais il faut aussi prendre en compte le fait que le meilleur moment pour rapprocher les utilisateurs entre eux est leur intégration à la communauté. Si un membre ne ressent aucun lien en approchant la communauté, il a peu de raisons de faire l’effort de s’y intégrer.

Difficile de limiter la création de liens forts entre les membres, mais il est par contre indispensable de réaliser que ces liens seront autant de barrières pour les nouveaux membres. Les actions mises en place pour accueillir les petits nouveaux sont cruciales.

Online community building has more in common with offline community building than online marketing.

You’re not looking for a large amount of attention for a short amount of time. You’re looking to start a movement that lasts for decades.

Communities are developed by identifying the strong common interest (hopes, aspirations, passions, problems) of your audience and connecting people around it. You need to reach out to people in genuine, honest, ways.
- Richard Millington, Build communities the traditional way

Question très intéressante que celle de l’intérêt du buzz dans le cadre de la construction d’une startup, en particulier dans le domaine communautaire. Même si moins tendance qu’avant, le mot fait encore rêver entrepreneurs et responsables marketing et c’est une question, récurrente quand j’étais consultant, qui revient encore maintenant que je suis entrepreneur, lors d’échanges avec d’autres entrepreneurs.

La réponse est assez nette: non, un buzz n’est pas synonyme de réussite dans ce domaine, et pire encore, il peut être destructeur. Sur le long terme, j’ai même tendance à penser que le buzz positif est pire que le buzz négatif. Un buzz négatif aura au moins un intérêt: souder les membres de la communauté, et démontrer au monde que la marque ou la cause a des soutiens désintéressés et convaincus.

Un buzz positif va apporter notoriété et visibilité à la marque ou à la communauté, mais également un afflux massif de nouveaux membres au sein de la communauté. Le risque est d’empêcher toute création de lien entre ces personnes qui sont encore des inconnues les unes pour les autres. C’est un peu comme organiser un apéro Facebook géant pour faire du team building.

Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier les services qui ont été à l’origine des plus gros buzz ces dernières années comme Friendfeed, Google Wave, Google Buzz, Pinerest,… Si on les compare à d’autres sociétés comme Facebook, Linkedin, Twitter,…, qui n’ont jamais réellement buzzé mais qui se sont construites dans la durée, la comparaison n’est pas flatteuse.

Just because you don’t understand social media doesn’t mean you should forfeit all common sense and hire your niece, nephew, or any other other recent college grad (say, your best friend’s sister-in-law’s kid) because « they’re really good on Facebook. »
- Hollis Thomases, 11 Reasons a 23-Year-Old Shouldn’t Run Your Social Media

Marrant de voir le sujet du profil du community manager revenir à la surface. Les grandes joutes sur l’internalisation du community manager ou le fait que cette responsabilité soit confiée à un stagiaire me semblaient passées depuis un moment. On en parlait moins en tous cas, et c’était selon moi un signe de maturité.

Le sujet revient donc. Après être passé du statut de consultant à celui de « créateur de communauté » depuis quelques temps, et ayant notamment embauché une pépite, je peux maintenant dire qu’il y a un moyen très simple de faire le bon choix: embaucher un « leader » existant de la communauté qui vous intéresse.

Il aura les qualités suivantes:
- crédibilité
- contacts proches avec les autres membres de la communauté
- compréhension des usages et des attentes de la communauté
- expérience dans l’apport de valeur à la communauté
- recul par rapport à son évolution
- sociabilité et sens du contact
- capacité à produire du contenu
- intérêt marqué pour le sujet

Dans le cas où il ne possède pas toutes les compétences techniques du community manager, ce sont des techniques qui s’apprennent, alors que toutes les qualités ci-dessus demandent une plus longue expérience et sont beaucoup plus difficiles à acquérir.

A viewer who skips the advertising is the moral equivalent of a shoplifter.
- Nicholas Johnson

Cette citation, préhistorique et rétrograde, doit nous faire sourire, mais aussi nous pousser à la réflexion. Ne nous arrive-t-il jamais de pester devant le peu d’interactions obtenue par une publication que nous pensions taillée pour le buzz? Et de s’étonner que le concurrent a eu deux fois plus de likes avec une photo inutile?

Les membres d’une communauté, les fans d’une marque ont toujours eu, et c’est de plus en plus vrai avec le passage à la communication 2.0, le choix de ne pas prêter leur attention à une communication. C’est aux diffuseurs de faire l’effort d’intéresser.

When art critics get together they talk about Form and Structure and Meaning. When artists get together they talk about where you can buy cheap turpentine.
– Picasso

Je me suis déjà exprimé sur l’intérêt des micro-interactions sans forte valeur ajoutée qu’une marque peut avoir avec sa communauté. La très belle citation de Picasso ci-dessus aurait tendance à aller dans ce sens.

L’un des travers des marques est d’idéaliser leur communauté et le niveau des échanges qui doivent y avoir lieu. Certes les gens recherchent le rêve, l’inspiration, les échanges de haute volée ou la compréhension des technologies qui permettent à Curiosity d’envoyer des photos depuis Mars. Mais ils ont aussi besoin de savoir où acheter de l’essence de Thérébentine pas cher ou d’exhiber leurs pieds quand ils sont en vacances.

Malgré tout, ces échanges très terre à terre ne sont pas suffisants et il est légitime d’avoir de plus hautes aspirations lorsque l’on développe une communauté. Savoir où on peut acheter de l’essence de Thérébentine pas cher ne suffit pas à faire des Picasso.
Les échanges de tous niveaux ont leur place dans une communauté tout comme il nous arrive d’avoir besoin de regarder une vidéo de Keenan Cahill après avoir disserté pendant des heures sur le dernier film de Lucas Belvaux.
Pour reprendre un sujet que je connait bien avec GoodPeopleRun, un coureur aura parfois envie de rêver en regardant le dernier film de Kilian Jornet, mais il aura aussi besoin de comprendre pourquoi il s’est fait mal lors de sa dernière sortie.

La diversité existe dans chaque communauté, avec des individus différents, qui ont un niveau d’engagement pour la communauté variable, mais également des attentes qui peuvent évoluer en fonction du temps. Un bon community leader saura quand, et selon quelle répartition, favoriser les activités à haute valeur ajoutée, et quand favoriser des activités à plus faible valeur ajoutée, mais qui sont souvent celles qui déclenchent le plus de réactions.

C’est en quelque sorte la question du développement à court terme (des contenus « faciles », à fort potentiel viral) et de celui à long terme (des contenus moins accessibles, mais qui donnent une âme et une mission à la communauté). Les deux sont indispensables.

Assez d’accord avec cette définition, qui a ceci d’intéressant qu’elle ne limite pas son périmètre aux relations « online » entre les gens. Une stratégie digitale utilise des outils digitaux (du web au mobile), mais ne cible pas uniquement les relations virtuelles entre les gens.

C’est une conviction très forte que nous avons chez GoodPeopleRun: le virtuel nous permet de mettre des gens en relation dans la vie réelle, là où ces relations s’expriment avec le plus d’intérêt.

En pensant stratégie digitale, il ne faut pas penser outil, il faut penser relation.

Via What consumes me

J’annonce la mort de l’usage des réseaux sociaux dans la stratégie client de l’entreprise en 2012 – mais l’usage personnel des médias sociaux par l’internaute perdurera. Sur Facebook, Twitter ou Foursquare, aujourd’hui, les entreprises sont entrées dans un usage principalement publicitaire, via les fan pages sur Facebook ou les comptes sponsorisés sur Twitter.

2012 marquera un tournant, d’abord parce que la crise et la croissance nulle obligera les entreprises à revoir leurs priorités; la publicité sur les réseaux n’en fera peut être pas partie.

- Hervé Kabla, 2012, l’apocalypse pour les médias sociaux?

Pire que la fin du monde en Octobre prochain, voilà qu’on nous annonce la fin de l’utilisation des réseaux sociaux par les marques. En 2012, oui madame. Malheureusement pour les fans de sensationnalisme, la démonstration est faiblarde. Pour utiliser une petite métaphore, la citation ci-dessus pourrait devenir: “la plupart des étudiants font cramer leur pizza en la passant au four, j’annonce donc la fin de la pizza pour l’année prochaine.”

Le marketing sur les réseaux sociaux (qui ne sont qu’un support, rappelons le, chacun est libre d’en faire ce qu’il en souhaite) ne va pas mourir parce que les entreprises ne savent pas s’en servir.

Non, ce qui va se passer, <bisounours> c’est tout simplement que les responsables marketing vont s’intéresser à leur ROI de plus près. A partir de ça, ils vont se demander si utiliser les réseaux sociaux comme canal de communication est rentable. Pour certains ce le sera, pas pour d’autres. Ils vont ensuite essayer de récupérer les documents du stagiaire de l’an dernier qui leur avait présenté de très belles études de cas d’utilisation efficace des outils sociaux et communautaires. Ils vont rire en revoyant les vidéos Old Spice, suer en se remémorant le cas Twelpforce, rire jaune en se rappelant que plusieurs de leurs amis les ont échangé contre un Whopper, jizz dans leur pants en retournant sur My Starbucks Idea et vibrer en se rappelant que “Oui, nous pouvons”.

Ils vont donc reposer les choses à plat, définir des objectifs précis, qui exploitent toutes les possibilités offertes par les outils sociaux, se désabonner de tous les blogs qui leurs répètent tous les 3 mois les 5 conseils pour réussir en community management, virer leur community manager, écouter avant de parler, monitorer et mesurer, recommencer, apporter de la valeur, cibler et arrêter de penser qu’on peut faire du community management sur une page Facebook avec 100 000 fans.

Finalement elles vont se rendre compte qu’en 2012 les réseaux sociaux n’auront pas bougé, que ce seront toujours des outils formidables (mais uniquement des outils) et qu’il sera toujours aussi simple d’en tirer des bénéfices énormes. Mais ça prendra du temps. Et 2012 sera passé. </bisounours>